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jeudi 2 février 2012

Y aura t-il un printemps mauritanien?




17:43
Y aura t-il un printemps mauritanien?
Après la chute de Sidi Ould Cheikh Abdallahi en aout 2008, je ne reviens pas sur les vicissitudes qu’avait connues la scène politique mauritanienne. Dans la mesure où je n’apprendrais rien au lecteur, tant celles-ci sont connues de tous. On s’accorde, cependant, qu’à l’issue de cet épisode Ould Abdel aziz avait été élu comme Président de la République.

Tout comme le fait selon lequel beaucoup de ses détracteurs politiques l’avait reconnu, à des degrés divers, comme tel. Qu’est ce qui justifie donc cette ébullition actuelle ? Etant au pouvoir depuis deux ans, la Mauritanie est-elle concernée par le vent du changement arabe ?

Les constantes du pouvoir avant le printemps 

Après la victoire de Mohamed Ould Abdel Aziz, un certain nombre de constantes s’étaient dégagées dont les plus importantes sont l’affermissement des relations avec le voisin marocain, et bien entendu la reconduite des relations avec l’ancienne métropole française à un niveau assez élevé. 

On avait entamé alors un enjeu politique inscrit dans la durée, mais qui ne laissait pas de place aux irréductibles adversaires du pouvoir. Lequel avait les coudées franches dans sa stratégie post électorale.

Ce positionnement du pouvoir reflétait même sur le profil des nominés aux postes politiques. Car, au début de l’année passée le Président élu ne laissait d’occasions sans indexer l’opposition de façon crue et sans équivoques. Ce qui est de bonne guerre. Le parti islamique était résolument du coté du pouvoir, adoptant pour cela une stratégie de politique politicienne.

Ahmed Ould Daddah reprit langue avec le pouvoir jusqu'à le reconnaitre officiellement, mais devancé dans sa stratégie par l’APP qui allait devenir le principal initiateur du dialogue quelques mois plus tard. En somme, l’opposition avait fini par accepter le fait accompli, et les plus irréductibles commençaient à montrer des signes d’essoufflement dont le plus significatif avait été les tentatives de rapprochement d’Ould Daddah déjà signalées.

On était alors dans une configuration normale qui donnait lieu à l’espoir : tant sur le plan des réalisations promises par le pouvoir que sur le plan de l’ouverture politique qui doit obligatoirement déboucher sur un dualisme majorité/opposition apaisé.

Au cours du printemps arabe

Le pouvoir est parti vite en besogne en prenant au sérieux l’influence du printemps arabe sur la rue mauritanienne. Car tout le séparait, sur le plan structurel, des pays ou ce printemps avait eu lieu. On ne le dira jamais assez, le printemps mauritanien a bien eu lieu un certain aout 2005, et seuls les auteurs diffèrent.

Seul distinguo, au lieu d’être l’œuvre de civils, il a été celui des militaires. Or le pouvoir subséquent aux élections de 2009 n’avait pas encore donné le mieux de lui-même, et à cet égard son procès en vue de l’intégrer dans le club des pays victimes du printemps arabe est également une autre erreur commise par les détracteurs du régime.

Ce n’est pas le suicide d’Ould Dahoud, les attroupements des blocs qui peuvent changer le centre de Nouakchott en Sidi Bouzid. On aurait compris le désarroi d’un Ould Taya s’il était encore au pouvoir, car il partageait des similitudes évidentes avec le régime surtout tunisien. Donc, honnêtement, le pouvoir actuel pouvait ne pas mélanger les pinceaux.

Il aurait du adopter une attitude d’indifférence, car sa propension à encourager les partis de jeunes est une attitude qui signifie la contraire. Un aveu de culpabilité, qui pouvait être évité, que d’aucuns avaient et continuent de saisir pour davantage jeter l’huile sur le feu. Mais que d’autres utilisèrent pour avoir les concessions auxquelles aurait abouti le dialogue national.

Le climat de tension animé surtout par Biram a atteint depuis avant-hier son point culminant, avec l’instauration d’une sorte conseil transitoire dont la mission serait parallèle à celle du gouvernement. Et la on verse dans la précipitation en prenant ses rêves pour des réalités. On verse au delà des limites du légal, et c’est la ou Biram se trompe, aveuglé qu’il est par le jusqu’auboutisme qui donnera bientôt ses fruits. Car, les retombées en pareilles circonstances seront plus néfastes.

L’association de l’opposition traditionnelle à ce jeu fera d’elle une trainée servie sur un plateau d’argent à un personnage qui considère la chasse aux bonnes comme une lutte anti esclavagiste. Faisant, de facto, de lui son leader. Le pouvoir doit donc, étant muni de sa légitimé, donner confiance à ses soutiens de la première heure, car en poursuivant cette stratégie de recherche de soi, il y perdrait plus que d’y gagner.

De revenir à la raison comme on dit : se redonner de la confiance en croyant et en adoptant du concret sur le plan intérieur, un peu à la lumière de l’adage populaire (celui qui n’a pas d’os dans le ventre ne se lamente pas ), adopter un arrondissement des angles, notamment en politique étrangère, car on connait la faiblesse structurelle qui guette du pouvoir mauritanien pour tout ce qui touche aux relations belliqueuses avec ses voisins. En ce sens qu’il doit, en toute urgence, régler le faux problème avec le Maroc qui fait les choux gras d’une certaine presse, et qui n’annule la possibilité de relations normales avec l’Algérie.

In fine, un printemps mauritanien n’aura pas lieu. A notre avis, il ne se justifie pas. Au demeurant, l’opposition doit estimer qu’il y a du chemin à faire pour la conquête du pouvoir. Ce n’est pas parce qu’elle ne l’a pas, que tous les moyens sont bons pour le conquérir. Encore moins, la Mauritanie n’est pas la Tunisie, ni l’Egypte…

De Mazarin





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