12-01-2012
18:00
Restructuration de l’administration territoriale
Le développement et la sécurité au cœur de la réforme.
Le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation vient d’adopter un décret portant restructuration de l’administration territoriale. Ce qui s’est traduit dans les faits par la centaine de nominations de fonctionnaires à des postes de responsabilité, au terme du dernier conseil des ministres.
Selon MM.Abdi Diarra, conseiller technique du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation et Mohameden Ould Sidi dit Bedene, administrateur civil, cette réforme est une phase importante dans le développement économique et social du pays, mais également un mécanisme de consolidation de la pérennité de l’Etat et de ses institutions.
Pour le citoyen lambda et les détracteurs du pouvoir en place, cette décision est un simple remplissage qui ne répond ni aux priorités de l’heure ni aux possibilités matérielles et financières du pays.
Le nouveau décret portant restructuration de l’administration territoriale adopté par le conseil des ministres du jeudi 5 janvier 2011 a institué un nouvel organigramme.Désormais les Wilayas sont gérées par un Wali central secondé par un seul adjoint, et comprennent un directeur de cabinet et trois conseillers. Au niveau des départements, le Hakem est désormais épaulé par un Hakem adjoint, plus un Secrétaire général et deux chefs de service.
"Une administration de développement "
Selon Abdi Diarra, Conseiller technique du Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, "la nouvelle réforme de l’administration territoriale met fin à un organigramme qui date de 1966 et qui ne répond plus ni aux réalités du moment ni aux exigences nouvelles des citoyens ". L’administration territoriale était régie jusque-là d’après lui, par des textes obsolètes par rapport au contexte actuel. La restructuration règle selon lui le problème lié à la vacance de l’administration à la moindre absence du principal responsable.
Aujourd’hui, dira-t-il, non seulement la présence de l’Etat est pérennisée, mais les citoyens trouvent un service public continue. La réforme met également à la disposition des régions et départements une ressource humaine compétente, le niveau minimum des fonctionnaires nommés étant un Bac + 3, souligne Abdi Diarra.
"Le mérite d’une telle révolution revient à l’actuel gouvernement et à son ministre de l’Intérieur,Mohamed Ould Boilil " témoigne-t-il. Ils auraient su appliquer, selon lui, des dispositions utiles pour l’évolution économique et sociale du pays tout en instituant une administration de développement.
Aujourd’hui, dira-t-il en substance, le Wali et le Hakem peuvent être remplacés en cas d’empêchement, grâce à leurs nouveaux collaborateurs.
"Il appartient maintenant à l’Etat d’accompagner le processus en mobilisant les moyens matériels nécessaires (bureaux, informatique, logement, véhicule) pour permettre à ce personnel d’appoint de mener convenablement ses missions sur le terrain ", ajoutera-t-il. Selon lui, la restructuration qui vient d’être adoptée constitue une avancée exceptionnelle dans la gestion administrative et territoriale du pays. "Il répond surtout à un besoin pressant de la population qui n’aura plus à attendre longtemps pour satisfaire un service public".
Selon Abdi Diarra, l’organigramme qui vient d’être adopté sera complété par la nomination de cinq chefs de service, trois pour aider les conseillers régionaux dans leurs tâches quotidiennes, un chef de service chargé du Réseau administratif de communication (RAC) et un autre au Secrétariat central. Il s’agit, dira-t-il, d’un éclatement des compétences destiné à améliorer en quantité et en qualité l’offre de service public.
"Le développement local et la sécurité, deux impératifs réglés par la restructuration"
"Pour comprendre la portée de la nouvelle réforme de l’administration territoriale, il faut revenir un peu en arrière et comprendre le dispositif préexistant" fait remarquer Mohameden Ould Sidi dit Bedene, administrateur civil et grand connaisseur des rouages de l’administration territoriale en particulier et de l’administration publique en général. Selon lui, la démocratie et la question sécuritaire sont les principaux leviers de la réforme.
Avant la démocratie, l’administration territoriale était peu étoffée et sans grands moyens, dira-t-il. Après 1986 et l’institution des communes, la tâche devint plus compliquée pour les Hakem appelés à gérer parfois 4 à 6 communes. Au niveau régional, le Wali avait deux adjoints, parfois trois comme à Nouadhibou ou quatre comme à Nouakchott. Le choix de son intérimaire lui posait chaque fois problème.
Ainsi en 1991, dira Bedene, une Commission chargée de réfléchir sur une nouvelle réforme de l’administration territoriale a été instituée. Ses impératifs : la démocratisation et le concept de développement local, auxquels s’ajoutera la dimension sécuritaire. Mais la vision large des premiers concepteurs de la réforme de l’administration, qui voulaient instituer "7 régions utiles", se heurtera aux vicissitudes liées aux dernières évolutions politiques du pays, empêchant ainsi sa concrétisation.
Mohameden Ould Sidi dit Bedene s’accorde à reconnaître cependant la bonne conception de la restructuration qui vient d’être adoptée. Selon lui, elle a donné aux fonctions leur véritable visage, trouvant que les anciens Walis adjoints n’étaient en réalité que des conseillers dans les domaines de leurs attributions.
L’avantage de cette réforme est, selon lui, de rendre non gênant le choix de l’intérimaire, car le Wali ne dispose désormais plus que d’un seul adjoint qui le remplace en cas d’absence. Auparavant, le choix de l’intérimaire ne reposait sur aucun critère.
La restructuration a permis en outre, selon Bedene, une meilleure décentralisation des tâches et une plus grande élasticité des missions. Dans ce nouveau dispositif, le Directeur de Cabinet joue un rôle central de Coordinateur des activités de la région. Il est l’unique responsable de ce volet.
Au niveau départemental, la réforme met fin au blocage dû aux absences des autorités départementales, dans la mesure où les anciens textes attribuaient au Wali l’intérim du préfet, alors qu’en réalité il ne l’exerçait pas du fait de ses innombrables responsabilités. "C’est pourquoi, il y a des Hakem qui restaient dix ans sans congé", explique Bedene. La création d’un poste d’adjoint et d’un Secrétaire général comble ainsi un vide important dans ce cadre, poursuit-il en substance.
Dans un niveau inférieur, le Chef d’arrondissement dispose dans le nouvel organigramme de deux agents d’appui de haut niveau, alors qu’il était seul dans le passé.
Le sort des archives et des courriers a ainsi beaucoup souffert de cette pauvreté en ressources humaines, remarquera Bedene, qui cite ces tonnes de documents, qui font partie de notre mémoire collective, perdus à jamais. Il donnera même l’exemple des archives de Mederdra, datant de l’époque coloniale, qui ont été brûlées. Aussi, s’est-il félicité de la désignation d’un responsable chargé des archives au niveau régional et départemental.
Bedene a tenu à mettre en exergue quelques faits marquant de l’histoire de l’administration territoriale. Il s’agit notamment de la tutelle communale instituée par l’ordonnance de 1987 qui instaura le principe d’égalité entre les communes. Cette tutelle des communes, rappelle-t-il, est confiée au Ministère de l’Intérieur qui le délègue à son tour aux autorités administratives.
Seulement, fait-il remarquer, au niveau régional comme au niveau départementale, personne n’a été explicitement désignée pour l’exercer, la rendant caduque. Citant l’exemple de Barkéwolet de ses 8 communes, il s’est demandé comment le Hakem pouvait-il dans ces conditions exercer effectivement sa tutelle sur une région vaste et éparpillée, sans adjoint et sans chefs de service. Ainsi, selon Bedene, cette restructuration dont les bases sont jetées depuis l’avènement de la démocratie devient de plus en plus pertinente.
Il cite trois facteurs qui l’ont rendue inéluctable : le développement local, la sécurité et les résultats du dialogue politique entre la majorité et une partie de l’opposition, lesquels ont instauré selon lui une nouvelle approche de l’administration territoriale.
La principale nouveauté apportée par la réforme, selon Bedene, est le fait que les autorités administratives, notamment les Hakem et les Chefs d’arrondissement, sont désormais"Délégués du gouvernement" et représentent l’ensemble des ministres. Auparavant, ils représentaient le Chef de l’Etat et le pouvoir central.
D’autre part, les autorités administratives, dans l’ancienne configuration, étaient responsables devant le ministre de l’Intérieur et le ministre concerné dans le domaine dans lequel elles agissent, mais ne rendaient compte qu’au premier. "Désormais, et pour la première fois, on donne à la région et au département les moyens humains qui leur permettront d’assurer leurs missions dans les meilleures conditions " estime Bedene.
"Un simple remplissage "
Sur les 127 nominations au titre du nouvel organigramme de l’administration territoriale prises le jeudi 5 janvier dernier, seuls sept femmes ont été cooptées et 32 Négro-africains, la plupart dans les postes de Hakem adjoint ou de conseillers. Ce qui fait dire à certains que la restructuration adoptée ne sert qu’à satisfaire des dosages à visées électoralistes.
"Un simple remplissage " diront certains, d’autant plus que le personnel pléthorique qui vient d’être nommé prendra ses fonctions dans des conditions difficiles, "sans logement, sans véhicule de service, sans bureau et sans avantages financiers liés à leurs nouvelles fonctions ". D’après cette analyse, la réforme entreprise intervient dans un contexte de restriction des dépenses budgétaires et alors même que les dispositions en aval n’ont pas été prises .
Cheikh Aïdara.
Le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation vient d’adopter un décret portant restructuration de l’administration territoriale. Ce qui s’est traduit dans les faits par la centaine de nominations de fonctionnaires à des postes de responsabilité, au terme du dernier conseil des ministres.
Selon MM.Abdi Diarra, conseiller technique du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation et Mohameden Ould Sidi dit Bedene, administrateur civil, cette réforme est une phase importante dans le développement économique et social du pays, mais également un mécanisme de consolidation de la pérennité de l’Etat et de ses institutions.
Pour le citoyen lambda et les détracteurs du pouvoir en place, cette décision est un simple remplissage qui ne répond ni aux priorités de l’heure ni aux possibilités matérielles et financières du pays.
Le nouveau décret portant restructuration de l’administration territoriale adopté par le conseil des ministres du jeudi 5 janvier 2011 a institué un nouvel organigramme.Désormais les Wilayas sont gérées par un Wali central secondé par un seul adjoint, et comprennent un directeur de cabinet et trois conseillers. Au niveau des départements, le Hakem est désormais épaulé par un Hakem adjoint, plus un Secrétaire général et deux chefs de service.
"Une administration de développement "
Selon Abdi Diarra, Conseiller technique du Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, "la nouvelle réforme de l’administration territoriale met fin à un organigramme qui date de 1966 et qui ne répond plus ni aux réalités du moment ni aux exigences nouvelles des citoyens ". L’administration territoriale était régie jusque-là d’après lui, par des textes obsolètes par rapport au contexte actuel. La restructuration règle selon lui le problème lié à la vacance de l’administration à la moindre absence du principal responsable.
Aujourd’hui, dira-t-il, non seulement la présence de l’Etat est pérennisée, mais les citoyens trouvent un service public continue. La réforme met également à la disposition des régions et départements une ressource humaine compétente, le niveau minimum des fonctionnaires nommés étant un Bac + 3, souligne Abdi Diarra.
"Le mérite d’une telle révolution revient à l’actuel gouvernement et à son ministre de l’Intérieur,Mohamed Ould Boilil " témoigne-t-il. Ils auraient su appliquer, selon lui, des dispositions utiles pour l’évolution économique et sociale du pays tout en instituant une administration de développement.
Aujourd’hui, dira-t-il en substance, le Wali et le Hakem peuvent être remplacés en cas d’empêchement, grâce à leurs nouveaux collaborateurs.
"Il appartient maintenant à l’Etat d’accompagner le processus en mobilisant les moyens matériels nécessaires (bureaux, informatique, logement, véhicule) pour permettre à ce personnel d’appoint de mener convenablement ses missions sur le terrain ", ajoutera-t-il. Selon lui, la restructuration qui vient d’être adoptée constitue une avancée exceptionnelle dans la gestion administrative et territoriale du pays. "Il répond surtout à un besoin pressant de la population qui n’aura plus à attendre longtemps pour satisfaire un service public".
Selon Abdi Diarra, l’organigramme qui vient d’être adopté sera complété par la nomination de cinq chefs de service, trois pour aider les conseillers régionaux dans leurs tâches quotidiennes, un chef de service chargé du Réseau administratif de communication (RAC) et un autre au Secrétariat central. Il s’agit, dira-t-il, d’un éclatement des compétences destiné à améliorer en quantité et en qualité l’offre de service public.
"Le développement local et la sécurité, deux impératifs réglés par la restructuration"
"Pour comprendre la portée de la nouvelle réforme de l’administration territoriale, il faut revenir un peu en arrière et comprendre le dispositif préexistant" fait remarquer Mohameden Ould Sidi dit Bedene, administrateur civil et grand connaisseur des rouages de l’administration territoriale en particulier et de l’administration publique en général. Selon lui, la démocratie et la question sécuritaire sont les principaux leviers de la réforme.
Avant la démocratie, l’administration territoriale était peu étoffée et sans grands moyens, dira-t-il. Après 1986 et l’institution des communes, la tâche devint plus compliquée pour les Hakem appelés à gérer parfois 4 à 6 communes. Au niveau régional, le Wali avait deux adjoints, parfois trois comme à Nouadhibou ou quatre comme à Nouakchott. Le choix de son intérimaire lui posait chaque fois problème.
Ainsi en 1991, dira Bedene, une Commission chargée de réfléchir sur une nouvelle réforme de l’administration territoriale a été instituée. Ses impératifs : la démocratisation et le concept de développement local, auxquels s’ajoutera la dimension sécuritaire. Mais la vision large des premiers concepteurs de la réforme de l’administration, qui voulaient instituer "7 régions utiles", se heurtera aux vicissitudes liées aux dernières évolutions politiques du pays, empêchant ainsi sa concrétisation.
Mohameden Ould Sidi dit Bedene s’accorde à reconnaître cependant la bonne conception de la restructuration qui vient d’être adoptée. Selon lui, elle a donné aux fonctions leur véritable visage, trouvant que les anciens Walis adjoints n’étaient en réalité que des conseillers dans les domaines de leurs attributions.
L’avantage de cette réforme est, selon lui, de rendre non gênant le choix de l’intérimaire, car le Wali ne dispose désormais plus que d’un seul adjoint qui le remplace en cas d’absence. Auparavant, le choix de l’intérimaire ne reposait sur aucun critère.
La restructuration a permis en outre, selon Bedene, une meilleure décentralisation des tâches et une plus grande élasticité des missions. Dans ce nouveau dispositif, le Directeur de Cabinet joue un rôle central de Coordinateur des activités de la région. Il est l’unique responsable de ce volet.
Au niveau départemental, la réforme met fin au blocage dû aux absences des autorités départementales, dans la mesure où les anciens textes attribuaient au Wali l’intérim du préfet, alors qu’en réalité il ne l’exerçait pas du fait de ses innombrables responsabilités. "C’est pourquoi, il y a des Hakem qui restaient dix ans sans congé", explique Bedene. La création d’un poste d’adjoint et d’un Secrétaire général comble ainsi un vide important dans ce cadre, poursuit-il en substance.
Dans un niveau inférieur, le Chef d’arrondissement dispose dans le nouvel organigramme de deux agents d’appui de haut niveau, alors qu’il était seul dans le passé.
Le sort des archives et des courriers a ainsi beaucoup souffert de cette pauvreté en ressources humaines, remarquera Bedene, qui cite ces tonnes de documents, qui font partie de notre mémoire collective, perdus à jamais. Il donnera même l’exemple des archives de Mederdra, datant de l’époque coloniale, qui ont été brûlées. Aussi, s’est-il félicité de la désignation d’un responsable chargé des archives au niveau régional et départemental.
Bedene a tenu à mettre en exergue quelques faits marquant de l’histoire de l’administration territoriale. Il s’agit notamment de la tutelle communale instituée par l’ordonnance de 1987 qui instaura le principe d’égalité entre les communes. Cette tutelle des communes, rappelle-t-il, est confiée au Ministère de l’Intérieur qui le délègue à son tour aux autorités administratives.
Seulement, fait-il remarquer, au niveau régional comme au niveau départementale, personne n’a été explicitement désignée pour l’exercer, la rendant caduque. Citant l’exemple de Barkéwolet de ses 8 communes, il s’est demandé comment le Hakem pouvait-il dans ces conditions exercer effectivement sa tutelle sur une région vaste et éparpillée, sans adjoint et sans chefs de service. Ainsi, selon Bedene, cette restructuration dont les bases sont jetées depuis l’avènement de la démocratie devient de plus en plus pertinente.
Il cite trois facteurs qui l’ont rendue inéluctable : le développement local, la sécurité et les résultats du dialogue politique entre la majorité et une partie de l’opposition, lesquels ont instauré selon lui une nouvelle approche de l’administration territoriale.
La principale nouveauté apportée par la réforme, selon Bedene, est le fait que les autorités administratives, notamment les Hakem et les Chefs d’arrondissement, sont désormais"Délégués du gouvernement" et représentent l’ensemble des ministres. Auparavant, ils représentaient le Chef de l’Etat et le pouvoir central.
D’autre part, les autorités administratives, dans l’ancienne configuration, étaient responsables devant le ministre de l’Intérieur et le ministre concerné dans le domaine dans lequel elles agissent, mais ne rendaient compte qu’au premier. "Désormais, et pour la première fois, on donne à la région et au département les moyens humains qui leur permettront d’assurer leurs missions dans les meilleures conditions " estime Bedene.
"Un simple remplissage "
Sur les 127 nominations au titre du nouvel organigramme de l’administration territoriale prises le jeudi 5 janvier dernier, seuls sept femmes ont été cooptées et 32 Négro-africains, la plupart dans les postes de Hakem adjoint ou de conseillers. Ce qui fait dire à certains que la restructuration adoptée ne sert qu’à satisfaire des dosages à visées électoralistes.
"Un simple remplissage " diront certains, d’autant plus que le personnel pléthorique qui vient d’être nommé prendra ses fonctions dans des conditions difficiles, "sans logement, sans véhicule de service, sans bureau et sans avantages financiers liés à leurs nouvelles fonctions ". D’après cette analyse, la réforme entreprise intervient dans un contexte de restriction des dépenses budgétaires et alors même que les dispositions en aval n’ont pas été prises .
Cheikh Aïdara.